Historique

Le nom d'Heylissem et les premiers habitants de la région

Le nom d'Heylissem est cité pour le première fois dans une charte datée du 29 novembre 1011 (1) et par laquelle l'évêque de Liège, Baldéric, donna à l'Eglise d'Heylissem le bien appelé Hamps (aujourd'hui hameau de Hampteau). Ceci mis à part, nous ne possédons que peu de renseignements sur les origines et les premiers habitants de la région où fut édifiée l'Abbaye d'Heylissem.

Lors de la fondation du monastère au début du 12ème siècle, la population locale constituait un mélange dont il faut se résigner à ignorer l’origine. On ne sait à quelle race appartenaient les hommes qui, à l’époque du mammouth et du renne, vivaient de leur chasse le long des rivières, dans les bois et les marais (2).

A ces paléolithiques succédèrent, à l’aurore de l’époque géologique actuelle, des nouveaux venus de race également inconnue, se distinguant seulement des premiers par leur crâne brachycéphale et un genre de vie que nous ont révélé les préhistoriens. Ils pratiquaient l’agriculture, se servaient d’armes et d’outils de pierre polie, domestiquaient les animaux et fabriquaient des vases en céramique.

Avec l’invasion des Celtes qui franchissent le Rhin et soumettent les populations, apparaissent les premières lueurs de l’histoire. L’usage du bronze se généralise. Mais il faut attendre l’arrivée des Belges qui, vers 250 avant notre ère, repoussèrent les Celtes vers le Sud, pour voir se créer les premières agglomérations. Les habitants – les Nerviens – ont laissé des monnaies d’or dont la facture prouve un certain degré de civilisation.

Période romaine

Au moment de l’invasion de la Gaule par les Romains, c.à.d. en 57 av. J-C, beaucoup d’hommes périrent, vaincus par les légions de César. La contrée subit le sort commun des autres territoires de nos régions : annexion pour quatre siècles à l’Empire Romain. Dans une grande campagne près de la route reliant Opheylissem à Jodoigne, et que l’on appelle encore aujourd’hui la  " Campagne des Tombes ", apparaissent quatre tumuli. La culture des terres en a cependant considérablement diminué la hauteur. Plusieurs substructures de villas romaines ont été découvertes dans la région. Non loin de là passait la grande voie de communication terrestre reliant le Rhin et la mer.

L’Eglise et les Barbares

Dès la seconde moitié du troisième siècle, les habitants virent des bandes de Francs et d’Alamans pénétrer sur leurs terres en envahisseurs. La frontière militaire qui, depuis César, avait retenu les Barbares sur la rive droite du Rhin s’ébranlait. Nouvelle colonisation de la région et intégration dans le royaume de Clovis. La chute de l’Empire Romain eut pour conséquence le recul de la civilisation dans tous les domaines.

De l’époque franque, nous n’avons, jusqu’à présent, pas découvert de fait précis. Ce que nous savons, c’est que la région d’Heylissem fut englobée dans les vastes frontières de l’Evêché de Liège (3). L’Eglise n’ayant, en effet, pas perdu le souvenir des temps florissants où ses diocèses correspondaient aux anciennes cités romaines du pays, rien ne lui paru plus naturel que de rétablir ces frontières. Les territoires d’Heylissem furent donc englobés dans les limites de l’Evêché liégeois, attirant ainsi sur la population la bienveillance des princes-évêques de la Cité Ardente. La ferveur religieuse contribua également pour une part très considérable à généraliser chez les seigneurs francs le système domanial. Les deux hameaux de Heylissem (Opheylissem et Neerheylissem) ne ressortissant pas du même pagus (4),
le morcellement d’une réunion d’habitations qui sans le principe n’en formait qu’une, remonte selon toute vraisemblance à l’époque franque.

De Lothaire aux Ducs de Brabant

En 843, à la mort de Charlemagne, le Traité de Verdun donna les domaines patrimoniaux de Hesbaye, ainsi que ceux de Rome et d’Aix-la-Chapelle, en même temps que le titre de l’Empereur, à l’aîné des fils, Lothaire. Cet empire reçut le nom de son souverain : " Regnum Lotharii " ou Lotharingie. Les partages successifs des biens et le regroupement ultérieur des " pagi " autour d’un même comte firent que les territoires d’Heylissem passèrent politiquement sous la gouverne des Comtes de Louvain et plus tard des Ducs de Brabant.

Fondation du monastère

Suivant l’exemple de nombreuses grandes familles de l’époque et estimant que sa lignée ne pouvait demeurer en reste, René de Zetrud, seigneur hesbignon, décida de fonder un monastère sur les rives de la Gette au milieu des propriétés allodiales de Cappendael (Chapeauveau) et leur légua la moitié de l’Eglise de Pellaines.

Cette fondation, approuvée par Alexandre de Juliers, Evêque de Liège, fut confirmé le 3 mai 1135 (6) par une Charte du Pape Innocent II ainsi que le 10 mars 1145 (7) par une bulle du pape Eugène III. Bien qu’aucun élément ne permette d’évaluer l’importance de cette donation, ce devrait être là un fonds suffisamment considérable pour subvenir aux besoins de la petite communauté. D’autres donations, les apports des religieux autorisés à léguer leurs biens au couvent où ils ont fait profession de foi, des héritages et des achats vinrent successivement donner plus d’étendue et plus de consistance à la fondation première.

Le domaine s’accrut considérablement vers la fin du 13ème  siècle (8) par l’achat de biens importants appartenant au Sire de Gossoncourt. L’abbé reçut par la même occasion l’usage de la justice à tous les degrés, à l’exception des exécutions criminelles.

Les débuts de la communauté noberTine

Le premier abbé d’Heylissem fut Ermenric (9), disciple de Saint-Norbert. L’ordre des Prémontrés ou Norbertins est né à Prémontré, près de Laon en France, où dans la forêt de Coucy, Norbert fonda l’abbaye-mère. De 1129 à 1796, trente-huit prélats succédèrent à Ermenric (10). Au début, la communauté était double, mais cette situation ne dura guère. Le Chapitre Général de l’Ordre ayant résolu, en 1142 (11), de ne plus admettre de religieuses dans l’enceinte des monastères d’hommes, les moniales norbertines d’Heylissem allèrent habiter successivement à Stocquoy, près de Jodoigne, puis, vers 1200, à Seumay dont le domaine leur avait été cédé par Siger de Wavre. Cette communauté ne tarda pas à s’éteindre et ses biens firent retour à la maison-mère dont elle dépendait entièrement au temporel et au spirituel.

L’Abbaye agrandit son patrimoine

Durant les deux premiers siècles de son existence, l’Abbaye d’Heylissem se préoccupa surtout de son domaine et de l’agrandissement de son patrimoine pour affermir plus tard son autorité religieuse (12). Ses religieux, en adoptant les règles de vie des Prémontrés, se consacrèrent à l’exercice des fonctions sacerdotales. Ils obtinrent le droit de desservir de nombreuses cures dans les contrées qui avoisinaient le monastère : Neerwinden, Cumptich, Budingen, Perwez, Bunsbeek, Linsmeau, Pellaines, Roosbeek, Wanghe, Dieghem, Hévillers, Hoeleden, Jauche, Glabbeek, Hautem-Ste-Marguerithe (13).

Les propriétés foncières de l’Abbaye, très considérables, comprenaient des fermes (14) sises à Breisem, Bunsbeek, Chapeauveau, Kumtich, Jandrain, Seumay, Stocquoy, Budingen et Daussoulx, et de nombreux biens situés dans plus de 50 localités du Brabant (15). Le monastère possédait en outre plusieurs moulins et une brasserie. Pour subvenir aux besoins de la communauté qui se composait de prêtres, profès et novices, de frères lais liés par des vœux et de donnats qui se donnaient à l’Abbaye soit temporairement, soit pour la vie, des ouvriers agricoles et des frères lais, sous la direction de quelques prêtres, exploitaient des fermes, cultivaient la terre et des vignobles. Les sommes immobilisées entre les mains des religieux, les nombreuses rentes et dîmes qu’ils étaient autorisés à percevoir (16), et la juridiction qu’ils exerçaient en firent des seigneurs de la région. Si les sciences et les lettres ne furent jamais cultivées à Heylissem, les arts agricoles y ont toujours été en grand honneur.

Le rôle militaire de l’Abbaye d’Heylissem

L’Abbaye d’Heylissem, située à la frontière des Etats du Duché de Brabant, du côté de la Hesbaye, retient particulièrement l’attention des Ducs de Brabant qui assurèrent sa protection et lui assignèrent en quelque sorte le rôle d’une forteresse avancée. Ainsi que le monastère et les biens qui l’environnaient furent-ils, à diverses reprises, le terrain de luttes sanglantes et acharnées.

Jean Ier, qui accéda au pouvoir en 1261, désirant accaparer le Duché de Limbourg dont la succession était ouverte à la mort de la Duchesse Ermengarde, trouva assez vite un prétexte pour en déclencher la conquête (17). Une coalition des autres prétendants, composés de Renaud le Belliqueux, Comte de Gueldre, de Siegfried de
Wuestenberg, Archevêque de Cologne et Henry IV de Luxembourg, se dressa aussitôt contre l’ambitieux Duc de Brabant. La Chevalerie brabançonne, les milices communales de Louvain, Bruxelles, Anvers, Jodoigne et Nivelles, les troupes de Liège, de Clèves et de Juliers se rangèrent sous la bannière du Duc Jean et, passant par Heylissem, marchèrent ensemble contre les troupes coalisées. Le choc eut lieu le 5 juin 1288 à Worringen. Les brabançons, conduits par leur duc, compensaient leur infériorité numérique par une tactique plus adroite. Le Duché de Limbourg fut ainsi annexé à la Couronne de Brabant.

A titre de privilège, son fils Jean II autorisa le détournement de la rivière de Noduwez vers le moulin de l’abbaye et fit exécuter de grands travaux pour entourer le monastère d’une vaste enceinte (18). Il fit également tracer et rectifier les chemins avoisinant le domaine. Peu de temps après la fin des travaux, le Duc Jean III eut l’occasion de se servir de l’abbaye comme forteresse. Menacé, en 1332, par une coalition formidable de troupes sous les ordres du roi de Bohême Jean l’Aveugle, Jean III réunit ses armées à Heylissem. Il y séjourna près de deux semaines pendant lesquelles la pluie ne cessa de tomber l’empêchant d’attaquer ses ennemis. Durant ce séjour, il fut armé chevalier dans la chapelle du monastère en présence de ses troupes.

Conflits avec les Ducs de Bourgogne

Les Ducs de Brabant s’entouraient volontiers d’abbés comme conseillers. De nombreuses notes, chartes et lettres témoignent des rapports existant entre la Cour et l’Abbaye (19). A l’époque bourguignonne, l’Abbaye d’Heylissem, pénétrée de son importance et de l’influence qu’elle exerçait autour d’elle, n’hésita pas, à diverses reprises, à entrer en lutte ouverte avec les Ducs de Bourgogne. Très jalouse des prérogatives et de ses immunités, elle les défendit avec opiniâtreté et la plupart du temps avec succès.

16ème et 17ème siècles – Pillages et incendies

Les bâtiments conventuels brûlés pendant la guerre de 1507, furent réédifiés avec luxe par l’Abbé Vandermolen (20). Les troubles des Guerres de Religion furent également désastreux pour l’abbaye : l’église, le réfectoire, le dortoir et la maison abbatiale furent brûlés le 27 novembre 1568 lors de l’invasion du Prince d’Orange dans le Brabant. Les religieux se dispersèrent et allèrent habiter, les uns à Liège, les autres au Prieuré de Langwaden.

En 1635 (21), après la réédification de l’abbaye, l’armée franco-hollandaise vint camper aux environs d’Heylissem. Le Prince d’Orange, Frédéric-Henri de Nassau, tint son quartier général dans l’abbaye pendant que ses troupes attaquaient et brûlaient Tirlemont. Pour la troisième fois, l’abbaye ne tarda pas à renaître de ses ruines : l’église et les bâtiments conventuels furent reconstruits dans le style de la Renaissance.

Le 29 juillet 1693, à la première bataille de Neerwinden, les Français, sous les ordres du Maréchal de Luxembourg, n’achetèrent la victoire sur les troupes alliées commandées par Guillaume III, Roi d’Angleterre, qu’au prix de pertes énormes. Ils s’en vengèrent en pillant et ravageant toute la contrée voisine, et en particulier l’Abbaye d’Heylissem (22). Le 12,13 et 14 août 1693, l’armée saccagea les bâtiments et dépouilla les religieux de tout ce qu’ils possédaient.

18ème siècle - Epoque de splendeur

Ce ne fut qu’au 18ème siècle de l’Abbaye d’Heylissem connut enfin quelque tranquillité et acquit rapidement un haut degré de splendeur. En 1749, le patrimoine de l’abbaye s’agrandit notablement à la suite de la session faite par l’Abbé d’Inde (Cornélismunter) de la Seigneurie de Cumptich (23). L’ensemble des propriétés de l’abbaye comportait : 1.618 bonniers de terres labourables, 213 bonniers de prairies, 9 bonniers d’étangs et 349 bonniers de bois. Les moines entretenaient un haras important considéré comme le plus vigoureux de la région.

LAURENT DEWEZ REBâTIT L'ABBAYE

La communauté confia à l’architecte bruxellois Laurent Dewez le soin de rebâtir le monastère (24). Les travaux entamés en 1762 furent achevés en 1780. C’est à lui que l’on doit la forme général du dôme actuel.
En 1787, les revenus de l’abbaye se chiffraient par 38.592 florins, les dépenses 36.451. Cette aisance matérielle permit aux abbés d’Heylissem de se faire représenter aux Etas du Brabant en qualité de Député (25). L’Abbé Dave qui s’opposa avec vigueur aux réformes religieuses élaborées par Joseph II, fut privé de la gestion du temporel du monastère. L’administration des biens fut confiée à un official de la Chambre des Comptes, N. van Bellinghen, assisté d’un économe, sous la direction du Conseil Royal.

LA PERIODE FRANCAISE - fin de la communauté religieuse

C’est le 27 février 1793 que les commissaires français se présentèrent pour la première fois à l’Abbaye d’Heylissem afin d’établir l’inventaire des biens en vue de leur réquisition (26). Un décret daté du 27 septembre 1796 et donnant 20 jours aux moines pour quitter leur couvent fut mis à exécution le 17 octobre de la même année (27). Un géomètre bruxellois, C. Everaert, reçut pour mission de tracer le plan cadastral du domaine. Aussitôt ce travail achevé, le 15 juillet 1797, l’avis de vente fut placardé dans la commune de Haut-Heylissem. La communauté comptait à ce moment 52 religieux, dont 44 prêtres. Ils cherchèrent refuge en Allemagne dans les couvents de Langewaden. En 1801, onze moines regagnèrent la cure de Pellaines et tentèrent sans succès de reconstituer la communauté d’Heylissem. Le dernier abbé, Demanet, mourut à Pellaines en 1807.


LE DOMAINE devient un centre industriel

Un bénédictin gantois défroqué acquit, en 1797, l’ensemble de l’abbaye pour 212.000 livres. Il céda aussitôt la propriété à un Français, Carré. Celui-ci revendit le domaine à des compatriotes, les frères
Tiberghien, originaires de Paris (28). Vers le milieu de l’an 1800, ils convertirent les vastes bâtiments du monastère en usine et y établirent une filature et une fabrique de tissus de coton où ils employèrent jusqu’à 200 ouvriers. Leurs bassins jouirent rapidement d’une grande réputation qui leur valut, en 1806, une médaille d’Or à l’Exposition de Paris. Mais, à la suite des événements de 1815, leur fabrique commença à péricliter.
 
Un Tirlemontois, van den Bossche, à qui ils la vendirent en 1821, y fabriqua d’abord de l’esprit de fécule (ou eau-de-vie de pommes de terre). L’ancien moulin à huile servait alors à râper les tubercules. Cette tentative n’ayant pas réussi, van den Bossche décida de monter dans les anciens bâtiments conventuels une fabrique de sucre de betteraves (Autorisation de la Députation permanente du Brabant en date du 18 juin 1836). A l’aide de matériaux récupérés lors de la démolition du chœur de l’église et du cloître, il fit construire derrière l’aile gauche un vaste complexe industriel. Il y installa plusieurs machines à vapeur, un appareil pour fabriquer le gaz nécessaire à l’éclairage de la betteraverie et du château, un laboratoire pour la recherche chimique et un four à chaux. Cette betteraverie, dont la fabrication annuelle a été limitée par Arrêté Royal du 15 février 1865 à 500.000 Kg de sucre, occupait 200 ouvriers et 100 ouvrières


Transformation des bâtiments de Dewez par Balat

En 1870, l’architecte Balat réaménagea les bâtiments et le parc en une vaste demeure rurale (29). L’exploitation de la ferme, du moulin et de la sucrerie continuèrent.

La Comtesse Georgine d’Oultremont, épouse du fils du Baron van den Bossche, légua par testament daté du 14 octobre 1919, le domaine à son neveu, le Comte Albert d’Oultremont.

En 1924, la Raffinerie Tirlemontoise racheta les machines de la sucrerie en vue de leur transfert vers Tirlemont.

Le Comte Albert d’Oultremont décédé au château d’Opheylissem le 6 août 1946, laissa pour héritier son épouse Madame Margherite, Comtesse d’Oultremont-van de Werve et ses huits enfants. Le 23 mars 1962, le Conseil provincial de Brabant décida l’acquisition du domaine et du château d’Opheylissem et l’affecta aux activités culturelles et de jeunesse.

 

Christian DEHENNIN - publication datant de 1976


Louer des salles historiques pour vos évènements


adresse

Domaine Provincial d'Hélécine
Rue Armand Dewolf 2
1357 Hélécine
Brabant-Wallon - Wallonie

Plan d'accès

Voiture

  • Autoroute E40
  • (Bruxelles-Liége)
  • Sortie n°26 (Hélécine)
  • Signalisation à la Sortie de l'autoroute

Transports en commun

  • Gare de Tirlemont
  • Bus ligne N°339
  • Tirlemont-Hannut
Votre itinéraire sur Google Map

Heures d'ouverture

Mars Horloge6h30 - 18h00 Avril - mai Horloge6h30 - 20h00 Juin - Septembre Horloge6h30 - 20h30 Octobre Horloge7h30 - 19h De novembre à février Horloge7h30 – 17h

Contact

téléphone019 65 54 91 fax019 65 51 57 Contactez-nous

accesibilitéLe Domaine est accessible aux personnes à mobilité réduite.